Adrian Ghenie nouvelle expo à la galerie Thaddaeus Ropac

Adrian Ghenie, dans cette exposition fait preuve d’une virtuosité stupéfiante que l’on pourrait croire un peu vaine. Passé ce premier sentiment, on saisit pourtant, avec force, comment l’artiste roumain parvient à se renouveler dans un syncrétisme stylistique presque sauvage et irrespectueux.

La virulence habituelle de ses propos, d’ailleurs assez pessimistes, sur l’histoire de l’humanité et sa monstruosité intrinsèque, trouve ici une manière plus personnelle, moins empruntée à Bacon ou autres, de figurer picturalement la brutalité du monde des hommes.

Les voies picturales de la violence

Ghenie a débuté sa carrière avec quelques tableaux d’histoire aux connotations expressionnistes, voire même, par certains aspects, d’inspiration symboliste mâtinée d’une vision du monde Kafkaïenne stigmatisant les dictatures politiques, notamment le régime des Ceausescu.

Cette première veine donna ensuite naissance aux portraits de monstres échappés des pires cauchemars éveillés de l’histoire moderne, et figurés dans une facture largement inspirée de la  violence picturale « baconienne ». A l’occasion de la biennale de Venise 2015, les méandres putréfiés de végétaux et les paysages organiques (inspirés de van Gogh) prirent le relais. Cette fois-ci, c’est le Douanier Rousseau qui est convoqué, mais la citation se montre plus anecdotique. Elle ne sert à Adrian Ghenie que de prétexte formel pour dépeindre d’autres catastrophes humaines.

Les dangers de la virtuosité

Mais alors qu’il parvenait dans la veine baconienne à s’élever à la puissance d’angoisse du mentor, quand, en particulier, il s’attaquait gestuellement aux portraits des tyrans et autres sociopathes de l’histoire du XX° siècle, ici on a l’impression première que l’extrême l’habilité technique du quadragénaire tourne quelque peu à vide. En effet, on est immédiatement subjugué par la virtuosité syncrétiste de l’artiste qui oscille entre les traits de CoBrA (dans la relation à l’espace pictural), l’abstraction par addition de Gerhard Richter et des éléments réalistes très convaincants.

La démonstration technique pourrait sembler être le propos même de cette exposition qui met en scène cinq grands tableaux présentés dans la dernière salle. Les travaux préparatoires que l’on trouve dans le premier espace, pour les collages, et à l’étage, pour les grands dessins au fusain, accentuent cette impression de cheminement propédeutique vers les cinq pièces maîtresses exposées, de manière assez ostentatoire, comme une sorte d’aboutissement magistral.

Source : Adrian Ghenie, Jungles in Paris

Paru en premier sur artefields.net


Courtesy Thaddaeus Ropac gallery