Thomas Demand maquettes et images du Monde

Toute la procédure conceptuelle de Thomas Demand fonctionne comme un décryptage qui dissèque une « Crime Scene » au sens d’un chef d’accusation qui reconstitue le lieu d’un accident, d’un fait qui demande à être examiner. Le photographe allemand dans la plupart des cas s’inspire d’une image de Presse, d’un fait divers ou historique ou d’une représentation collective iconique, significative d’un système de valeurs. A l’instar d’un Gerhard Richter qui recopie une image photographique pour se concentrer sur la surface picturale de représentation, Thomas Demand reconstruit en papier et en carton, parfois à l’échelle 1, des lieux qu’il vide de ses occupants, mais aussi de ses références historiques précises. Il effectue un étrange passage du contingent, de l’anecdotique, à l’abstrait sinon l’universel. Le lieu est fidèlement reconstitué mais sous des apparences qui ne retiennent que les formes géométriques et des couleurs réduites à des aplats presque dénués de texture.

Autre transposition étonnante, l’image en deux dimensions prend du volume, elle passe à la tridimensionnalité, elle pourrait de ce fait gagner en réalisme et pourtant ce n’est pas le cas. L’éclairage très soigné mais étal ne fait que souligner ce paradoxe d’un surcroît d’artificialité. L’objet réfèrent de la photographie se mue en une boite de Cornell, un objet suprématiste à la Theo van Doesburg ou une utopie constructiviste à la Lissitzky, une maquette d’architecture dans son abstraction conceptuelle.

L’un des meilleurs exemples de ce procédé de raréfaction conceptuelle est « Raum » (pièce), 1994. Dans cette transposition sous forme de maquette minimaliste qui expurge l’humain et les scories pour ne retenir que la géométrie, il faut voir une référence implicite au Quartier Général d’Hitler à Rastenburg en 1944 après une tentative d’attentat de la résistance allemande à l’encontre du dictateur. Demand s’appuie pour cette restitution de scène de crime sur une photographie où l’on voit des officiers allemands dont Hermann Goering. Or le photographe efface toute présence humaine, mais aussi tous les micro détails de texture et débris, de ce fait il gomme non seulement le moment d’histoire, mais aussi sa violence, l’affect et tous les récits associés au nazisme, à l’héroïsme de Claus von Stauffenberg, ne demeure qu’un chaos abstrait, impersonnel et sans historicité. En dépouillant la scène de son histoire et son affect il souligne l’épaisseur considérable des signifiés et narrations liés à cette image.


En savoir plus

Source : artefields.net