Maurizio Cattelan a la banane

Depuis la seconde moitié du 19° siècle l’art s’appuie fréquemment sur la polémique pour imposer une nouvelle vision. Si maintenant Gustave Courbet ne nous scandalise plus en apportant dans la peinture le trivial, un réalisme cru qui bouleversait les canons de l’académisme régnant, il fut en son temps un promoteur habile de sa propre renommée au travers du scandale et de la provocation. Les polémiques s’enracinaient néanmoins, la plupart du temps, dans un contexte politique et sociologique.

Depuis l’urinoir ou le porte bouteille de Marcel Duchamp les tempêtes artistiques ne se produisent souvent plus que sur le continent étroit, pour ne pas dire étriqué, du monde de l’art et son marché. L’acte politique se réduit à une dénonciation du marché par l’artiste lui-même qui reste néanmoins confortablement installé en son sein. L’ironie duchampienne et Pop Art fonctionne comme une mises à distance cynique où l’on est juge et partie.

La tautologie performative qui est dans l’art moderne et contemporain une constante devient donc souvent un efficace moyen de médiatisation. La Banane scotchée au mur, au nom évocateur de « Comedian », « produite » par Maurizio Cattelan en est un magnifique exemple. Si l’artiste visuel italien n’a pas bouleversé le réel, sa perception ou son approche idéologique, il a tout du moins secoué la foire internationale d’art contemporain d’Art Basel Miami.

En effet, le plasticien italien avait le projet, après son nième comeback suivant des adieux sardoniques et une importante rétrospective au Guggenheim en 2011, de créer une banane en bronze ou en résine. Insatisfait du résultat il décide tout simplement d’aller acheter une banane et de l’exposer fixée à même une des cloisons du stand de la galerie Perrotin grâce à du scotch argenté de grande taille. Probable rappel d’ailleurs d’une de ses autres pièces représentant son galeriste du moment enrubanné et accroché au mur du lieu d’exposition[…]


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Paru la première fois sur artefields.net