Anselm Kiefer et Le Corbusier à La Tourette

Dans le cadre de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon Anselm Kiefer est invité par les frères dominicains à exposer au couvent de la Tourette, un des édifices les plus emblématiques de Le Corbusier.

Cette invitation n’est pas fortuite, en effet le frère Marc Chauveau avait remarqué à l’occasion de sa visite de l’impressionnante rétrospective de Anselm Kiefer en 2015/2016 au Centre Pompidou, que l’artiste avait séjourné au couvent de la Tourette en 1966 à l’âge de 21 ans, quelques années après l’ouverture en 1959 du bâtiment. Le frère a donc saisi l’occasion pour inviter Anselm Kiefer à revenir pour y exposer une trentaine de pièces choisies spécifiquement pour l’espace du couvent.

En 1966, Le peintre allemand n’était précisément pas encore peintre mais étudiant en droit. Celui-ci décide donc de passer au terme de ses études de futur juriste quelques semaines en retraite, pour méditer mais aussi découvrir le travail de Le Corbusier. Il se rend tout d’abord à La chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp puis à la Tourette.

A l’issue de ce périple, Anselm Kiefer abandonnera la filière qu’il avait suivie pour devenir peintre. L’artiste ne donne pas davantage de précision sur l’éventuelle corrélation avec son séjour au couvent. Il faut néanmoins préciser qu’Anselm Kiefer ne se déclare pas croyant, bien qu’il ait été élevé dans une famille catholique, comprenant quelques prêtres, et qu’il a lui-même été garçon de cœur. Par ailleurs il connait très bien la bible, son goût pour la Kabbale, Paul Celan et la Thora, est également établi. En outre, né en 1945 à Donaueschingen en Forêt-Noire il a toujours été habité par le spectacle de l’Allemagne en ruine, et l’héritage douloureux et complexe de la période nazi. Il y a donc de très nombreux points d’attaches avec ce lieu imaginé par Le Corbusier, en particulier la glorification du béton dont Anselm Kiefer dit avoir à cette occasion découvert la « spiritualité », mais aussi l’austérité agressive du bâtiment aux formes parfois très éloignées d’un strict fonctionnalisme. La cour intérieure du couvent est à cet égard étonnante tant les géométries semblent se bousculer. De même, évidemment les jeux de lumière et la promenade architecturale sont notoirement marquants à la Tourette. Toutes ces caractéristiques se retrouvent d’une façon ou d’une autre dans l’œuvre d’Anselm Kiefer où le béton, les ruines, le délabrement et le chaos sont omniprésents. L’atelier de Barjac avec ses tours de Babel chancelantes, les tunnels comme des ombilics et ses immenses serres offre de nombreuses pistes au jeu des similarités[…]


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Paru la première fois sur artefields.net