Dirk Braeckman le monde en gris

Dirk Braeckman le monde en camaïeu

Dirk Braeckman pratique la photographie non pas pour reporter quoique ce soit du référent mais pour les qualités mêmes de la surface photographique, en ceci il a en commun avec Sally Mann, tout du moins dans ses premiers travaux, l’approche sensualiste du tirage photographique, à la lisière du pictorialisme. Mais contrairement à la photographe américaine entièrement guidée par l’empathie et une sorte de panthéisme romantique, Dirk Braeckman procède, à l’image du minimalisme et du mouvement Support Surface, par réduction aux « principes » du médium. Il en résulte que le sujet de la photographie, ce qui est capturé et représenté, n’a pas nécessairement un rôle essentiel. Pour le photographe gantois l’objet de l’image photographique n’est pas l’objet photographié mais le plan de projection sur lequel vient s’imprimer, puis se révéler un lieu et un temps.

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Exactement comme Gerhard Richter, qui ne s’est jamais strictement tenu à son programme, Dirk Braeckman n’expulse pas pour autant le référent. Il pourrait tel Thomas Ruff, qui a également questionné le médium, décomposer les moyens de la production de photographies jusqu’à l’abstraction, ou à l’instar de Cindy Sherman se livrer au jeu de la réappropriation ou l’écart métonymique. Tout au contraire Dirk Braeckman se tient éloigné de l’héritage critique et ironique du Pop Art. Le concept ne doit pas conduire à une distanciation désengagée. Pour le photographe belge la relation au réel, à travers la surface problématique du plan de projection, est avant tout une affaire « sensible », quasi existentielle de relation perceptuelle et cognitive avec le « monde » […]

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Paru la première fois sur artefields.net