Raoul Hausmann, le Dadasophe et la photographie

 

Raoul Hausmann au musée du Jeu de Paume

« Être photographe, c’est prendre conscience des apparences visibles et en même temps en tirer une éducation de l’aperception optique individuelle et commune. »

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Raoul Hausmann.

Il assez difficile de cerner la singularité de la photographie de Raoul Hausmann si on s’en tient à une analyse simplement formelle. De ce point de vue, le travail de Hausmann, dit le Dadasophe, concernant l’architecture, les objets, ou la nature, semble tendre vers la Nouvelle Objectivité dont l’un des instigateurs majeurs est Albert Renger-Patzsch, mouvement artistique qui prend forme dans les années 1920, période durant laquelle Raoul Hausmann commence à adopter la photographie. Lorsqu’il s’agit des clichés de nus, qui sont parmi les plus marquants dans son corpus, on a l’impression d’un certain classicisme. Enfin, quand il se penche seulement sur l’ombre et la lumière on pense inévitablement à László Moholy-Nagy, (dont Hausmann était proche, avec qui il a entretenu une correspondance soutenue), et le Bauhaus, notamment en ce qui concerne la technologie et les moyens modernes d’appréhender les phénomènes physiques, la vitesse, la célébration de la modernité et du progrès.

Or chacune de ces approches s’avère trompeuse, pire elles relèvent du contre sens.Raoul Hausmann est fondamentalement Dada, c’est-à-dire qu’il échappe par attitude systématique à toute catégorisation esthétique. Conformément à l’esprit Dada, qu’on a, un peu vite, qualifié de nihiliste, l’art ne peut pas être séparé de la vie, l’art pour l’art, l’art comme sublimation isolée du réel social, politique, matériel et perceptuel est pour les dadaïstes une impasse que Hausmann, à l’instar de tous les membres de Dada Berlin, considérait comme une imposture, une émanation servile et stérile de la bourgeoisie capitaliste, un produit de luxe ultime de reconnaissance des élites.

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